Inde

Avril 2017

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Reportage photographique

L’odeur des épices pimentées, marinées, brûlantes, cramant les narines ou doux parfum fin aiguisant la faim ; la jungle des taxis hurlants et slalomants sur les routes à trous, quelle route  ? c’est une route ça  ?, la voiture en contre sens, la vache bloque le traffic, nan on peut pas la bouger parce qu’elle est sacrée ; les chats on ne peut plus maigres par centaines, accompagnés des chiens errants, dormant à côté des enfants nus, esseulés, sous-nourris, et bourrés de puces ; j’ai soif, non ne boit pas là, attends, on va aller chercher une bouteille d’eau ; le goût de la nourriture indienne délicieusement saucée, accompagnée de chapati, roti, paratha ou naan, horriblement carbonisée pour détruire la moisissure, douceur sucrée, Gulab Jamun, Ladu, le thé qui m’a détruit le bide, et ce Pani Puri rempli d’eau mauvaise qui fait vomir ; les temples, magnifiques grandeurs et richesses, couronnes de fleurs fraiches, dieu aux bras multiples, tête d’éléphant, mains pliées, symboliques, bien placées et positions significatives ; elle vit dans la rue, élève son enfant dans la rue, se lave, cuisine, baise dans la rue ; les chants aux voix aiguës oscillantes, dansantes et pleurantes ; l’odeur putride des ruelles, des trottoirs jonchés de corps endormis et de déchets pour l’éternité ; ses yeux noirs ; je sors de mon hôtel, je sors de mon monde et atterrie devant ce petit être affaibli - il a faim, j’ai trop mangé, dans quel monde vivons-nous ? contraste écoeurant ; ces gens, ces visages, cette petite fille nue qui m’éclabousse dans la rue, cet homme saoul râlant et tabassant sa femme, ferme les yeux et ouvre-les plus grands, les femmes me dévisagent, méfiantes, curieuses, envieuses, attendries, honorées, aimantes, tendues, les hommes me reluquent, regards inquiétants et lubriques, ou patriarcaux et protecteurs, les enfant rient, me suivent, m’appellent « didi » et m’emmènent, me trainent de leurs mains crasseuses, ils me montrent, fiers ; non merci, je n’ai pas soif = je meurs de soif mais je ne peux pas boire l’eau que tu m’offres ; la chaleur insoutenable, cuisante et rougissante pour la petite blanche que je suis ; les crachats monstrueusement colorés, ensanglantés, bruyants car bien raclés dans le fond de la gorge ; les architectures inégalablement dorées ; notre système de filtration d’eau est très performant, ok j’essaye, et c’est vrai qu’au bout de trois semaines en Inde mon organisme s’est renforcé ou habitué, je la bois sans (presque) être malade ; les couleurs aussi éblouissantes que la saleté ; surtout ne pas donner d’argent, nous ne savons pas où il va atterrir, alors je distribue mangue, banane et eau ; les saaris et beautés indiennes, peaux tannées qu’ils s’obstinent à vouloir blanchir, ils sont beaux mais veulent un teint européen, ils ne veulent pas que ça des européens ; le train bondé, poussé, on ne tient plus mais il reste de la place à l’extérieur ; il vit sur le trottoir mais regarde la télé sur son smartphone tous les soirs ; les moines bouddhistes et leur accoutrement, sagesse silencieuse, que se passe-t-il dans leur tête ?

La mienne est assaillie d’informations et images nouvelles.
Aperçu microscopique.